La formule Rand

Pour comprendre le « right to work », nous devons tout d’abord comprendre ce qu’est la formule Rand. La Formule Rand doit son nom à un juge, Ivan Rand, qui, en 1946 trancha un litige entre les dix-sept mille travailleurs de Ford à Windsor, et leur employeur. À cette époque, dans un contexte d’après-guerre, les employeurs tentaient de revenir en arrière, lorsque les travailleurs étaient incapables de se syndiquer. Les employés de Ford ont fait la grève du 12 septembre au 20 décembre 1945.

Pour mettre fin au litige, le juge Rand rendit une décision qui obligea l’employeur à prélever les cotisations syndicales à même le salaire de tous les employés, qu’ils soient membre ou non de l’unité de négociation, et à les verser au syndicat. Cela évitait au syndicat la tâche fastidieuse de collecter chaque membre tout en lui assurant une stabilité financière lui permettant d’engager des actions pour défendre adéquatement ceux-ci. En contrepartie, le syndicat devait représenter l’ensemble des salariés bénéficiant de la convention collective, et non uniquement ses membres, et les grèves illégales devenaient sujettes aux amendes. Au Québec, c’est en 1977 que le gouvernement de René Lévesque accepte d’inclure la formule Rand dans le Code du travail.

La formule Rand justifie que tous les travailleurs payent des cotisations syndicales puisque chacun d’eux bénéficie des avantages gagnés par leur syndicat. Cela évite également une iniquité entre les membres car certains pourraient être tentés de ne pas payer leurs cotisations syndicales, au détriment non seulement du syndicat mais surtout au détriment des autres membres.

La formule Rand est le fruit de revendications et de luttes historiques de nombreux travailleurs. Elle permet aux syndicats de créer un rapport de force face à l’employeur lorsqu’il doit représenter et défendre les intérêts de ses membres.

Le droit au travail ou « le droit de l’employeur de vous faire travailler pour moins ! »

Le droit au travail, ou le « right to work » comme on dit aux États-Unis, est une législation adoptée par plusieurs états américains et qui prévoit, entre autres, que l’employeur n’est plus tenu de prélever les cotisations syndicales et que les travailleurs ne sont plus dans l’obligation de payer une cotisation à leur syndicat. Malgré cela, le syndicat se voit dans l’obligation de continuer à représenter autant les membres que les non-membres, à négocier pour tous les travailleurs de l’unité de négociation et à payer, par exemple, le coût d’un arbitrage pour n’importe quel travailleur, qu’il paye ou non ses cotisations. Bref, dans un même milieu de travail, le fardeau du financement du syndicat repose sur quelques membres au lieu de la totalité.

Voici quelques-uns des impacts du « right to work » :

  • Moins de ressources pour défendre les travailleurs et travailleuses
  • Service aux membres réduits
  • Diminution du salaire annuel des travailleurs et travailleuses
  • Diminution de la probabilité d’obtenir une assurance-maladie et un régime de retraite offert par l’employeur
  • Diminution du fonds de grève
  • Iniquités entre les employés et diminution de la solidarité
  • Diminution du rapport de force avec l’employeur

Bien que cette législation soit présentement en vigueur aux États-Unis, il ne faut pas penser que le Canada est à l’abri. En effet, dans un contexte où les gouvernements de droite mènent une guerre ouverte contre les organisations syndicales, le « right to work » est à nos portes… et si le gouvernement tente de s’attaquer à la formule Rand, il nous trouvera en travers de son chemin…